✦ À retenir

La crème de cassis est une liqueur de fruit née à Dijon au XIXe siècle, obtenue par macération de baies de cassis dans l'alcool. La variété Noir de Bourgogne en est la référence. Popularisée par le chanoine Kir dans son célèbre cocktail, elle connaît aujourd'hui une renaissance artisanale portée par des producteurs attachés au terroir bourguignon.

Les origines dijonnaises du cassis

L'histoire de la crème de cassis est indissociable de celle de Dijon. Si le cassis (Ribes nigrum) est cultivé en Europe depuis le XVIe siècle pour ses vertus médicinales — on lui prêtait alors la capacité de guérir la fièvre, la peste et les morsures de serpent — c'est en Bourgogne qu'il connaît son destin liquoristique.

Tout commence en 1841, lorsque Auguste-Denis Lagoute, liquoriste dijonnais, met au point la première recette industrielle de crème de cassis. L'idée est simple mais révolutionnaire pour l'époque : faire macérer des baies de cassis fraîchement récoltées dans de l'alcool de grain, puis sucrer abondamment le résultat pour obtenir une liqueur onctueuse, d'un pourpre profond, aux arômes explosifs de fruits noirs.

1841
Année de création de la première crème de cassis commerciale à Dijon par Auguste-Denis Lagoute. La Bourgogne comptait jusqu'à 40 fabricants de cassis au début du XXe siècle.

Le succès est immédiat. La crème de cassis répond à un goût de l'époque pour les liqueurs de fruits, plus accessibles que les eaux-de-vie brutes. Dijon devient rapidement la capitale incontestée du cassis. À la fin du XIXe siècle, la ville compte une vingtaine de fabricants spécialisés. Les maisons Lejay-Lagoute, Boudier, L'Héritier-Guyot et Védrenne deviennent des noms familiers dans toute la France.

La région possède des atouts naturels considérables pour la culture du cassis. Le climat continental bourguignon — hivers rigoureux qui vernalisent les plants, étés chauds qui concentrent les sucres dans les baies — produit des fruits d'une intensité aromatique inégalée. Les sols calcaires et argilo-calcaires de la Côte-d'Or, les mêmes qui font la grandeur des vins de Bourgogne, apportent une minéralité subtile au profil gustatif du cassis.

Le Noir de Bourgogne : un trésor variétal menacé

Parmi les dizaines de variétés de cassis cultivées dans le monde, le Noir de Bourgogne occupe une place à part. Cette variété ancienne, développée spécifiquement en Côte-d'Or, est unanimement considérée par les liquoristes comme la plus aromatique qui existe.

Ses caractéristiques sont uniques :

3-5 t/ha
Rendement du Noir de Bourgogne, contre 8 à 12 tonnes pour les variétés modernes. Cette faible productivité explique sa raréfaction progressive dans les exploitations conventionnelles.

Le problème du Noir de Bourgogne est sa fragilité. Sensible aux maladies (oïdium, rouille), peu productif et difficile à récolter mécaniquement en raison de la petite taille de ses grappes, il a été progressivement remplacé dans les grandes exploitations par des variétés plus rentables issues de programmes de sélection suédois et écossais. Ces nouvelles variétés produisent deux à trois fois plus de fruits, sont résistantes aux maladies et se récoltent facilement à la machine — mais leur profil aromatique est incomparablement plus simple.

En 2026, le Noir de Bourgogne ne représente plus qu'environ 15% des surfaces plantées en cassis en Bourgogne, contre près de 80% dans les années 1970. Sa survie dépend des producteurs artisanaux qui refusent le compromis de la productivité et maintiennent des parcelles de cette variété patrimoniale.

Le chanoine Kir et l'invention d'un mythe

Impossible de parler de crème de cassis sans évoquer Félix Kir (1876-1968), chanoine, résistant et maire de Dijon de 1945 à 1968. C'est à ce personnage haut en couleur que le célèbre cocktail doit son nom — et la crème de cassis, sa renommée mondiale.

La légende, largement véridique, raconte que le chanoine Kir servait systématiquement un mélange de crème de cassis et de Bourgogne aligoté lors des réceptions officielles de la mairie. Le geste n'était pas innocent : dans les années d'après-guerre, l'aligoté — vin blanc sec et modeste de Bourgogne — se vendait mal, et les producteurs de cassis traversaient une période difficile. En imposant ce cocktail aux milliers de visiteurs de la mairie (diplomates, industriels, journalistes), Kir fit d'une pierre deux coups : il relança la consommation d'aligoté et celle de crème de cassis.

Le chanoine Kir ne se contentait pas de servir du cassis : il en offrait des caisses entières aux visiteurs de marque. On raconte qu'il en fit livrer au Kremlin, au Vatican et à la Maison-Blanche. Le meilleur ambassadeur que Dijon ait jamais eu.

Le cocktail, d'abord appelé "blanc-cassis", prit rapidement le nom de son promoteur. Le Kir devint l'apéritif national français des années 1950-1970, servi dans tous les cafés et restaurants du pays. Sa variante au champagne, le Kir Royal, conquit les tables les plus prestigieuses.

L'ironie de l'histoire, c'est que le succès du Kir finit par se retourner contre la crème de cassis. La demande massive poussa les industriels à baisser la qualité pour produire plus et moins cher. Les crèmes de cassis bas de gamme, diluées, aromatisées artificiellement, envahirent le marché. Dans les années 1980-1990, le Kir devint synonyme d'apéritif bon marché, perdant son aura de sophistication bourguignonne.

Fabrication : de la baie à la bouteille

La fabrication d'une crème de cassis artisanale de qualité est un processus qui exige patience et rigueur. Contrairement à une liqueur obtenue par distillation, la crème de cassis repose entièrement sur la macération — ce qui rend la qualité du fruit encore plus déterminante.

La récolte

Les baies de cassis sont récoltées en juillet, sur une fenêtre très courte de 2 à 3 semaines. Le moment précis de la cueillette est critique : trop tôt, les baies manquent de sucre et d'arômes ; trop tard, elles perdent leur acidité et deviennent farineuses. Les producteurs artisanaux récoltent souvent à la main pour ne sélectionner que les grappes parfaitement mûres et éliminer les feuilles et les tiges qui apporteraient de l'amertume végétale.

La macération

Les baies fraîches — ou parfois légèrement congelées pour éclater les cellules et faciliter l'extraction — sont immergées dans de l'alcool neutre de grain, généralement entre 60% et 96% vol. La macération dure de 4 à 10 semaines selon les producteurs. Pendant cette période, l'alcool dissout les anthocyanes (responsables de la couleur pourpre intense), les sucres naturels, les acides organiques et les centaines de composés aromatiques qui forment le bouquet du cassis.

Certains liquoristes pratiquent une double macération : une première avec des baies entières pour extraire les arômes de pulpe, suivie d'une seconde avec des baies broyées pour récupérer les composés de la peau et des pépins. D'autres ajoutent des feuilles de cassis en fin de macération pour renforcer la note caractéristique de bourgeon.

Le pressage et la filtration

Après macération, le mélange est pressé pour extraire un maximum de jus. Le liquide obtenu — un concentré d'un violet presque noir, d'une puissance aromatique saisissante — est ensuite filtré pour éliminer les particules solides tout en préservant la couleur et les arômes.

Le dosage

Le macérat est ensuite assemblé avec du sucre (sous forme de sirop de sucre), de l'eau et éventuellement de l'alcool pour atteindre le titrage souhaité. L'appellation "Crème de Cassis de Dijon", la plus exigeante, impose un minimum de 600 grammes de cassis par litre et une teneur en sucre d'au moins 400 g/L, pour un titrage compris entre 15% et 20% vol.

600 g/L
Quantité minimale de cassis exigée pour l'appellation "Crème de Cassis de Dijon", la plus prestigieuse. C'est le double de ce qui est requis pour une simple "crème de cassis".

La renaissance artisanale de la crème de cassis

Après des décennies de déclin qualitatif, la crème de cassis connaît depuis le milieu des années 2010 un renouveau artisanal porté par une nouvelle génération de producteurs. Ces artisans partagent une conviction : la crème de cassis, dans sa version noble, est l'une des plus belles liqueurs de fruit au monde, et elle mérite de retrouver ses lettres de noblesse.

Ce mouvement de renaissance repose sur plusieurs piliers :

Au sein de Velmond Spirits, c'est L'Atelier des Liqueurs qui porte cette philosophie de renaissance. La maison travaille exclusivement avec du cassis Noir de Bourgogne cultivé en agriculture raisonnée sur les coteaux de la Côte-d'Or. Les macérations longues (minimum 6 semaines), le pressage doux et le dosage mesuré du sucre produisent une crème de cassis qui exprime toute la complexité du terroir bourguignon.

Une grande crème de cassis doit sentir le cassis frais à plein nez. Si vous n'avez pas l'impression de croquer dans une poignée de baies noires en ouvrant la bouteille, c'est que le fruit a été sacrifié au profit du sucre ou de l'arôme de synthèse.

Notes de dégustation d'une crème de cassis artisanale

Voici ce qu'il faut rechercher lors de la dégustation d'une crème de cassis de qualité :

Au-delà du Kir : cocktails modernes au cassis

Si le Kir et le Kir Royal restent les classiques indétrônables, la crème de cassis artisanale se prête à une multitude de cocktails modernes qui mettent en valeur sa complexité aromatique. Les bartenders de la nouvelle vague redécouvrent cet ingrédient et l'intègrent dans des créations sophistiquées.

Le Kir classique — la recette parfaite

Avant de s'aventurer dans les cocktails modernes, il convient de maîtriser l'original. Le Kir parfait repose sur un ratio précis et des ingrédients de qualité :

Le Kir Royal

La version la plus festive remplace l'aligoté par du crémant de Bourgogne (ou du champagne pour les grandes occasions). La finesse des bulles et l'acidité du vin effervescent soulèvent les arômes de cassis et créent un apéritif d'une élégance remarquable. Le ratio reste identique : 1/5 de cassis pour 4/5 de vin.

Le Bramble revisité

Le Bramble, cocktail créé par le barman londonien Dick Bradsell en 1984, utilise traditionnellement de la crème de mûre. Remplacez-la par de la crème de cassis artisanale pour une version bourguignonne qui apporte plus de profondeur :

Le Dijon Mule

Variation bourguignonne du Moscow Mule, ce cocktail marie la crème de cassis à la vivacité du gingembre :

L'El Diablo au cassis

L'El Diablo traditionnel utilise de la crème de cassis — c'est l'un des rares cocktails classiques mexicains à incorporer un ingrédient français. La combinaison tequila-cassis-ginger beer est étonnamment harmonieuse :

La crème de cassis artisanale est aussi un ingrédient de choix en cuisine et en pâtisserie. Elle parfume les sauces pour gibier, nappe les desserts au chocolat, aromatise les sorbets et les verrines. Sa richesse aromatique et sa concentration en fruit en font un exhausteur de goût naturel d'une efficacité remarquable.

Questions fréquentes sur la crème de cassis

Quelle est la différence entre crème de cassis et liqueur de cassis ?

La différence réside dans la teneur en sucre. Une crème de cassis contient au minimum 400 g de sucre par litre (250 g/L pour une "crème de fruit" générique), tandis qu'une liqueur de cassis n'exige que 100 g/L. La crème de cassis est donc plus douce, plus sirupeuse et plus concentrée en fruit. L'appellation "Crème de Cassis de Dijon" impose en outre un minimum de 600 g de cassis par litre.

Comment faire un Kir parfait ?

Pour un Kir classique, versez 1/5 de crème de cassis (environ 2 cl) dans un verre à vin, puis complétez avec 4/5 de Bourgogne aligoté bien frais (environ 8 cl). Le ratio traditionnel est donc 1 pour 4. Versez toujours la crème de cassis en premier pour qu'elle se mélange naturellement au vin. Utilisez une crème de cassis artisanale de qualité pour un résultat optimal.

Qu'est-ce que le "Noir de Bourgogne" ?

Le Noir de Bourgogne est une variété ancienne de cassis originaire de Côte-d'Or, considérée comme la plus aromatique au monde. Ses petites baies noires à la peau épaisse concentrent des arômes intenses de fruits noirs, de violette et de musc. Fragile et peu productive (rendement de 3 à 5 tonnes par hectare contre 8 à 12 pour les variétés modernes), elle est progressivement remplacée dans les cultures industrielles mais reste la référence des artisans.

Combien de temps se conserve une crème de cassis ouverte ?

Une crème de cassis ouverte se conserve environ 3 à 4 mois au réfrigérateur. Sa teneur en sucre élevée agit comme conservateur naturel, mais l'oxydation altère progressivement les arômes fruités et la couleur (qui brunit). Les crèmes de cassis artisanales, sans conservateurs ajoutés, sont plus sensibles et doivent être consommées dans les 2 à 3 mois après ouverture.

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VH

Valentin Haeck

Fondateur de Velmond Spirits, Valentin réunit 6 maisons artisanales françaises sous une même vision : prouver que la France produit des spiritueux d'exception. Passionné par les terroirs et le savoir-faire français.